Le troisième tour

J’avais expliqué dans un article intitulé « La dernière cartouche » pourquoi et comment Macron avait été propulsé à l’Élysée par l’oligarchie au pouvoir en France. Dans la suite logique de cette élection, nous assistons en ce moment à la décomposition de l’ancien clivage politique, celui de l’alternance sans alternative, et à l’émergence d’un nouveau paradigme, entre ceux qui aiment la France et ceux qui ne l’aiment pas. c’est le troisième tour de l’élection présidentielle. Nous passons de l’horizontale à la verticale.

Petit rappel

Depuis un certain temps, les sondages montraient en désamour de plus en plus important des Français à l’égard des partis traditionnels et du « système » en général, même si ce terme désigne une réalité à géométrie variable. Ainsi, pour se maintenir au pouvoir en France, l’oligarchie a dû sacrifier ses deux partis de gouvernement, le PS et LR. Se faisant, elle a lancé Macron comme étant le candidat « hors des partis », sous-entendu hors-système.

Macron illustre la synthèse parfaite du système politique ; loin d’être hors système, il en est le cœur nucléaire : européiste jusqu’aux bouts des ongles, c’est-à-dire entièrement soumis aux ordres de la Commission européenne, elle-même sous le contrôle des banques et des firmes multinationales. Il ne fait même plus semblant de défendre les intérêts de la France et du peuple français, à l’instar de ses deux prédécesseurs qui tentaient maladroitement de faire illusion. Avec Sarkozy et Hollande, nous avions des sous-préfets à l’Élysée, Macron est un majordome.

Mais aujourd’hui, l’ancien candidat hors des partis réunit les partis.

Le parti unique se dévoile

Ces derniers jours, nous avons assisté à des « ralliements » de politiciens venant de LR et du PS : élargissement du gouvernement à des politiciens venant du PS, adhésion de politiciens de LR au parti de Macron. De Juppé à Valls, les vieux, transis de froid, convergent péniblement vers la marmite encore chaude, bientôt tiède, d’un système politique en perdition ; on se croirait à la soupe populaire. En outre, ces migrations de la périphérie vers le centre illustrent un principe simple : quand on est nombreux, on se disperse ; quand on est peu nombreux, on se concentre. c’est en soi un indicateur rassurant.

Sous la bannière macronienne, se rassemblent les restes des anciens partis d’alternance qui ne font même plus l’effort de se dire adversaires politiques. Le PS, qui a explosé en vol aux dernières élections, se range derrière Micron-le-Petit. LR est en train de se déchirer sous nos yeux, entre ceux qui rejoignent le parti unique d’un côté, et ce qu’il reste de souverainistes de l’autre.

La droite et la gauche sont déboussolées

En dehors du parti unique – du PS (et son otage le PC) à LR en passant par EELV, le Modem et autre UDI -, les choses ne vont pas mieux.

À droite, le FN ne sait plus où il en est. Après avoir mené une campagne de type souverainiste, il fait marche arrière, jugeant à contre-temps qu’il s’était trompé, et se drape des oripeaux politiquement correct de la soumission à l’UE, tandis que Filippot, ancien chevènementiste, crée son mouvement souverainiste « Les Patriotes ».

À gauche, Mélenchon, piégé par une idéologie mondialiste et un excès de bonne conscience, se noie dans des tactiques incompréhensibles : désobéissance aux traités européens ; plan A, plan B, plan C… planté ! Tandis que dans sa base, et particulièrement chez les jeunes, nombreux sont ceux qui ont compris le fonctionnement autoritaire des institutions européennes et qui veulent en sortir. La déchirure n’est pas loin.

Pour comprendre ce qui se joue, il est temps de changer d’axe d’analyse.

De l’horizontale à la verticale

Le vieux paradigme nous faisait regarder les enjeux et débats politiques selon un axe horizontal, se déroulant de la gauche vers la droite ; l’échiquier politique comme le nommaient pompeusement les journalistes estampillés. Nous venons de voir que, de la gauche à la droite, les éléments de cet échiquier politique se délitaient, se ventilaient. Il y a comme une espèce de brouillard qui se forme.

Mais quand le brouillard se dispersera, alors apparaîtront les couches du nouveau paradigme. De bas en haut. En bas, les carpettes, les couchés, les soumis aux ordres qui viennent d’ailleurs, de l’étranger, de Bruxelles, de Washington ou de Berlin. En haut, le souverain, le peuple souverain, debout, droit et fier. Tandis que le bas se dessine assez distinctement par la soumission et les compromissions, le haut a encore du mal à se former et à être visible. Les mouvements qui se donnent pour objectif de rétablir le peuple souverain en France sont encore dispersés. Pour un temps, l’ancien paradigme, horizontal, freine les rapprochements entre ceux qui aiment la France, où qu’ils se situent sur le vieil échiquier. Mais le dévoilement du parti unique en train de se produire va certainement accélérer la prise de conscience du grand nombre sur la réalité des enjeux, entre ceux qui aiment la France et ceux qui la déteste au point de la soumette à la volonté de l’étranger.

Régis Chamagne